27 janvier 2008

Etre fidèle

 

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Le moment où le jour se lève, cet instant ne dure pas. Le viseur ne voyait rien : j'ai augmenté le temps de pose et pris une série de photos à l'intuition en me guidant au résultat, et en prenant appui sur des meubles pour ne pas trembler.

Les mandarines étaient restées ainsi sur la table depuis la veille. J'ai cherché à cadrer tantôt horizontalement, tantôt verticalement. Quand un angle sortait bien, je continuais à chercher dans la même direction, je faisais d'autres photos, plus proches ou plus lointaines. A chaque fois il fallait caler l'appareil pour ne pas trembler. Pendant une quinzaine de minutes, j'ai plusieurs fois rectifié le temps de pose pour rester fidèle à la pénombre.

J'ai fait un premier tri en plusieurs étapes, en regardant les photos les unes à la suite des autres. J'ai enlevé les trop floues, les trop mal cadrées. Ensuite celles qui, par rapport à la précédente ou la suivante, n'allaient pas. Tout ça en pensant bien aux raisons de mes choix.

Parfois, la photo n'était pas bonne parce que le sujet était mal coupé par le bord du cadre. Parfois parce que, par rapport à l'image suivante ou la précédente, la répartition des masses dans l'image était moins bonne. Parfois, l'effet que provoquait le cadrage était intéressant, mais c'était l'effet en lui-même qui devenait le sujet de la photo. Une photo qui dans une première étape de tri avait servi de référence pour en jeter d'autres, à l'étape suivante se retrouvait à son tour éliminée par une autre. A la fin, il n'en restait que trois.

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Auparavant, je traitais mes photos de manière systématique, elles avaient toutes droit à un effet de correction de la courbe gamma qui densifiait les noirs et poussait les blancs. Cet effet rajoutait à l'image quelque chose de claquant. Mais récemment j'ai été gêné car avec cet effet les détails de la photo s'estompent, et l'image est lissée. Cette fois-ci, j'ai mieux regardé. Dans le logiciel de traitement d'image, j'ai organisé l'espace de travail pour permettre à chaque photo d'occuper une bonne partie de l'écran. J'avais réglé mon appareil dans la meilleure résolution. Ainsi, j'ai pu entrer dans l'image et apprécier des détails éclairés par une lumière du matin. J'ai parcouru les images et il y avait un plaisir à embrasser du regard une grande portion de ces mandarines, un plaisir qui a à voir avec le plaisir que procure un aliment qui a du goût et de la consistance. Ce plaisir d'apprécier une grande portion d'image dans l'écran, je crois que c'est pour cela que nous considérons les objets culturels comme des biens de consommation, que nous nous nourrissons de ces objets.

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S'il fallait faire de l'image de cette mandarine une image consommable dans un circuit de masse, je commencerais par ôter le reflet bleu que la cafetière renvoie (et j'aurais énormément de difficultés), parce que ce reflet atteste la présence d'une cafetière à côté de la mandarine, et empêche l'image d'être malléable, facilement transformable, exploitable, elle l'empêche d'être servie à plusieurs parfums, à tous les goûts. Les êtres et les choses baignent dans des circonstances.

Posté par consomethic à 11:37 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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